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DESTINATION CULTURE
ITW Sergi Lopez

« L’acteur méditerranéen, c’est quelqu’un qui regarde la mer… »

27 octobre 2016 à 6:00
Photo : ©E.Catarina

Catalan, européen, engagé, Sergi Lopez est l’enfant doué du cinéma, aux 82 films joués des deux côtés des Pyrénées. Doué pour la tendresse, le sexe, les histoires d’amitiés, les vrilles de l’esprit aussi. Un mec normal, en somme.

Les français vous adorent… Comment expliquez-vous ce capital de sympathie ?

Les histoires d’amour quand elles marchent, c’est génial mais il est difficile d’en tirer des arguments scientifiques. Si je suis là aujourd’hui, c’est une histoire de rencontres avec des réalisateurs qui m’ont ouvert des portes – physiques, spirituelles aussi -, en me laissant croire que je pouvais vivre en faisant le clown (rires). En 1992, Manuel Poirier cherchait un acteur à l’accent espagnol pour son premier long-métrage, « La petite amie d’Antonio ». Quand il m’a choisi, je pensais faire deux films en France avec mon accent catalan, puis plus rien. Son premier film a été mon premier film, son deuxième mon deuxième, et on a fait six films ensemble dont « Western ». Ce qui était un handicap est devenu un atout et cette histoire avec le cinéma dure depuis vingt ans.

Vous êtes invité d’honneur du festival Cinemed 2016 à Montpellier. Comment accueillez-vous cet hommage à votre carrière ?

Avec étonnement, c’est étrange et bizarre de regarder en arrière toute sa filmographie. Je ne pensais pas vivre un jour tous ces hommages – au festival Cinespaña à Toulouse où j’étais invité d’honneur en octobre, au Festival international du film francophone (FIFF) de Namur en Belgique, où j’étais « coup de cœur » avec en projection officielle, le dernier long-métrage de Marion Hänsel, « En amont du fleuve ». C’est l’histoire de deux demi-frères qui ne se connaissent pas, qui entreprennent un voyage initiatique en remontant un fleuve à bord d’un petit rafiot, vers des chutes d’eau en Croatie. Dans ce huis-clos tourné en pleine nature, le face à face avec Olivier Gourmet, mon partenaire dans le film avec qui j’entretiens une fraternité physique et d’esprit, était une rencontre de gens normaux, un duel d’acteurs comme on dit. J’ai toujours entendu parler de lui comme d’un acteur normal, c’est aussi un qualificatif qui revient souvent quand on parle de moi. Je pense que cela a à voir avec mon rapport au métier, à la célébrité, j’ai une nature aussi à m’approcher des autres… Je suis un type normal.

Les frères Larrieu font appel à vous, je cite, « pour les scènes de fierté sexuelle ». Vous êtes par essence l’acteur méditerranéen, viril et drôle…

Il y a dans le jeu d’acteur quelque chose qui nous dépasse, une aura qui se construit autour des personnages que l’on joue : cette sensualité, cette virilité qu’on me prête, je la dois à Catherine Corsini dans « La Nouvelle Eve » (sorti en 1998, NDLR). Dans une scène que j’interprète avec Karine Viard, après l’amour, mon personnage raconte en fumant un pétard comment il s’est fait sodomiser. C’est drôle et puissant, pourtant beaucoup d’acteurs avaient refusé de jouer cette scène, qui a été pour beaucoup dans l’aura que je dégage auprès des autres.

Vous êtes aussi le premier comédien césarisé pour « Harry, un ami qui vous veut du bien ». Vous y interprétez un rôle plus troublant…

Avant Harry, j’avais toujours joué des personnages rassurants. Dominik Moll en m’offrant le rôle, m’a ouvert une porte vers des personnages plus inquiétants, des méchants qui ont moins d’obstacles moraux. Je suis heureux que ce rôle ait ensuite incité d’autres réalisateurs à me proposer des films qui ne soient pas lisses, où j’incarnais des personnages avec une part d’ombre, des désirs inavoués. Je ne travaille jamais mes rôles, j’essaye simplement d’imaginer que je suis quelqu’un d’autre. J’ai eu cette chance avec le cinéma, de faire semblant que j’étais beaucoup de personnages très différents !

Est-ce que la langue change quelque chose dans votre façon de jouer ?

J’ai toujours l’impression de jouer dans une langue qui n’est pas la mienne, cela crée une distance qui n’est pas forcément négative : ne pas maîtriser, sentir qu’on n’est pas forcément au bon endroit, c’est déjà jouer… Car le jeu d’acteur reste un mystère : une fiction, on sait tous que ce n’est pas vrai mais on est disposé à y croire ! Jouer c’est, un peu comme font les enfants, avoir cette capacité de croire tout de suite à quelque chose qui est posé là. Le clap, la distanciation offerte par les films, c’est une arme en faveur des artistes : comme les enfants qui jouent aux Indiens et aux Cowboys, très vite, tu te mets dans la peau du peau rouge en poussant un cri et tu ne penses pas à l’extermination des Indiens d’Amérique.

Y-a-t-il un archétype de l’acteur méditerranéen ?

L’acteur méditerranéen, c’est forcément quelqu’un qui regarde la mer et je veux croire que la mer, c’est un schéma, des gens qui arrivent, qui s’en vont, c’est une porte ouverte. Quand on a l’habitude de voir une porte, peut-être on a moins peur de l’ouvrir. On est plus audacieux…

Vous êtes Catalan. Quelle est votre position sur l’indépendance catalane et le référendum souhaité par le président catalan, Carles Puigdemont ?

J’ai toujours été indépendantiste. Pour moi c’est assez simple, c’est juste une question d’être majeur, de ne plus être adolescent. La Catalogne a trop souvent été annexée. Dans son histoire récente, elle vit sous le joug d’une relation paternelle – on lui reconnaît le droit de parler le catalan, tant qu’elle ne fait pas trop de bruit et reste un truc folklorique on la trouve sympa, mais on ne la reconnaît pas comme collectivité. C’est pourtant une posture universelle, le droit des peuples à l’autodétermination. Si on reconnaît un peuple, par la suite on doit forcément lui reconnaître son droit à s’autogouverner.

Vous habitez une petite ville catalane au sud de Barcelone, où vous êtes né. Pourquoi cet attachement ?

J’habite Vilanova i la Geltru, une petite ville de 68 000 habitants face à la mer. Quand ma carrière a été lancée, on s’étonnait que je ne quitte pas ma ville natale pour Paris. Et pourquoi je devrais changer ? J’ai toujours fait les allers-retours, la question d’aller vivre ailleurs ne s’est jamais posée. Au fond, dans cette ville où j’ai vécu bien avant d’être connu, je fais partie du décor. Ma célébrité y est tellement grande que… ça devient de l’anonymat.

Sergi Lopez en conférence de presse du festival Cinemed 2016

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