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DESTINATION CULTURE
ITW Aurélie Filippetti

« Les films italiens? Mes premières émotions au cinéma! »

29 septembre 2016 à 6:00
Photo : Margot L'hermite

Présidente “surprise” du festival Cinemed, l’ex-ministre de la Culture renoue avec ses premières passions pour le cinéma méditerranéen. Et promet un nouveau souffle pour la culture à Montpellier.

 

Comment avez-vous accueilli cette nomination, en février 2016, orchestrée par le maire de Montpellier Philippe Saurel ?

Ce n’est pas un exercice inhabituel puisque j’ai présidé pendant sept ans le Festival international du documentaire, le FID à Marseille. Mais j’étais ravie de rallier ce festival, populaire par sa fréquentation avec 70 000 visiteurs en 2015. Populaire aussi par la diversité des films présentés, certains en avant-première nationale comme cette année Un día perfecte per volar de Marc Recha (avec Sergi Lopez), ou Tour de France de Rachid Djaïdani (avec Gérard Depardieu et Sadek, NDLR). Je suis passionnée de cinéma mais je suis avant tout présidente du conseil d’administration. C’est une fonction bénévole, je ne vais pas m’improviser programmatrice, cette responsabilité revient au directeur Christophe Leparc . Ma mission est de définir avec l’équipe les orientations stratégiques du festival, dans le dialogue, sans confusion des genres.

 

Quel est votre rapport au cinéma méditerranéen ?

Cette dimension méditerranéenne du cinéma me passionne, sans doute parce que mon approche du 7e art s’est faite par cette lorgnette. C’est à travers le Festival du Film italien de Villerupt, en Lorraine où j’ai vécu, que j’ai eu mes premières émotions au cinéma. J’y allais chaque année, enfant. Adolescente, j’y ai découvert les films de Rossellini, de Fellini, les comédies de Dino Risi, les autofictions de Nanni Moretti. Je suis très sensible à ce cinéma, affectif, tragique, qui prend aux tripes. C’est un cinéma éminemment social et politique et cela va de pair avec un certain baroque, qui me fascine.

 

La programmation a parfois été taxée d’élitisme…

Cinemed est un festival de tous les cinémas, un lieu de découverte des cinématographies de la Méditerranée qui appelle nécessairement des comédies, des drames, des films d’animation, etc. Il y a des films plus exigeants que d’autres, on peut avoir de bonnes ou de mauvaises surprises, on se fait parfois un peu bousculer ! C’est le jeu et je n’y vois aucun élitisme. Le but, ce n’est pas de programmer des films compliqués, mais donner leur chance à de beaux films pour qu’ils rencontrent leur public.

 

Vous arrivez avec un carnet d’adresses, une notoriété, des amitiés. Cet effet booster se ressent-il sur l’édition 2016 ?

J’apporte le nouveau mécénat d’Orange qui donne 20 000 €. J’ai contacté Bertrand Tavernier que j’ai connu durant mon ministère et qui est devenu un ami. Il ne viendra pas mais interviendra au titre de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) qui finance une résidence d’écriture au Moulin d’Andé. L’Adami (la société de gestion des artistes-interprètes, NDLR) sera présente physiquement et apportera une aide substantielle de 10 000 €. L’Agglomération, la Ville et la Région renouvellent leur soutien au festival, la Ville apporte une aide de 30 000€ pour l’équipement numérique des salles du Corum qui profitera à tout le monde. Côté programmation, nous avons choisi, en binôme avec Christophe Leparc, de consacrer une rétrospective aux frères Larrieu, deux cinéastes ancrés dans leur région qui ont aussi une aura nationale et internationale. En binôme aussi, notre choix d’inviter Sergi Lopez qui, pour moi est l’archétype de l’acteur méditerranéen, à la fois viril et drôle. C’est un excellent acteur avec un bon état d’esprit. Ce côté populaire dans le choix des artistes invités est un aspect du festival que nous souhaitons développer.

 

Philippe Saurel veut positionner Montpellier comme emblème méditerranéen et culturel en Occitanie. Peut-il y parvenir ?

C’est une belle ambition, il est important que les élus comprennent ce rôle essentiel de la culture qui est un élément de citoyenneté, d’apaisement de la vie en société. Montpellier est depuis longtemps une ville d’excellence culturelle dans les domaines de la danse, de la musique, etc. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette présidence. Mais rien n’est jamais acquis, il faut poursuivre et amplifier ce rayonnement.

 

La Région est une terre de cinéma. Envisagez-vous des partenariats avec Languedoc-Roussillon Cinéma pour favoriser l’essor d’une filière régionale ?

Nous ne savons pas comment va évoluer cette structure d’accompagnement et de promotion du cinéma dans le grand ensemble régional. Mais Cinemed veut être un marchepied, un lieu de rencontres dédié aux professionnels régionaux. Nous souhaitons plus que jamais établir des temps de dialogues et projeter les films qui sont issus de ces filières. Nous le faisons par exemple avec le dispositif « Du court au long » initié en 2015, une bourse d’aide qui permet aux talents méditerranéens émergents de passer du court-métrage au long-métrage sur la foi de ce qu’ils ont présenté en court l’année précédente.

 

Qu’allez-vous voir à Cinemed cette année ?

Je suis une cinéphile assidue, j’aime découvrir des films que je ne connais pas du tout. A Montpellier, je suis impatiente de voir Hedi de Mohammed Ben Attia (Ours d’argent à la dernière Berlinale, NDLR) et les cinéastes tunisiens de la scène émergente. Christophe Leparc leur consacre un coup de projecteur cette année, en invitant des réalisateurs et producteurs tunisiens, cinq ans après « la révolution de jasmin », ce mouvement qui a été précurseur d’un soulèvement populaire dans le monde arabe.

 

Qu’apporte le cinéma méditerranéen dans la vie des gens ?

Je suis originaire d’Ombrie en Italie. Même si j’y allais souvent en vacances, c’est par le cinéma italien que j’ai connu le pays de mes grands-parents. C’est une autre approche de découvrir un pays par son cinéma, ses réalisateurs. C’est d’autant plus vrai en Méditerranée, terre de mixité et de brassages culturels. il est important d’offrir un regard, par le 7e art, sur ces pays où nous avons nos origines, pour lesquels nous conservons un amour au cœur.
Photo: © Margot L’hermite

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