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DESTINATION CULTURE
ITW Clément Cividino

« Cette région me surprend sans cesse dans mes recherches”

4 avril 2017 à 15:50

Galeriste spécialisé dans le design et l’architecture des XX° et XXI° siècles, Clément Cividino s’est fait une réputation en réhabilitant le mobilier de l’architecte Georges Candilis, réalisé en partie à Leucate-Barcarès, dont il est devenu l’expert.  Ce “chasseur de design” – comme l’a surnommé le magazine TV “Stupéfiant”  – affiche désormais un impressionnant press-book (Le Monde magazine, AD… etc) et un catalogue de prestige où se croisent Candilis, Prouvé, Maneval ou bien encore Barray. Entretien avec un galeriste 2.0 installé à Perpignan et qui communique autant qu’il chine.

De l’Hexacube en passant par les Polymorphes des Simmonet, vous êtes devenu le spécialiste du design issu de la mission Racine. Reste-t-il encore des surprises à découvrir le long du littoral du Languedoc-Roussillon ?
Cette région me surprend sans cesse dans mes recherches ! Le littoral du Languedoc-Roussillon était un véritable laboratoire expérimental dans l’architecture et le design dès le milieu des années 1960. Je suis persuadé que la région nous réserve encore bien des surprises. Je ne peux en dire plus car cela prend du temps pour bien faire le travail avant de le dévoiler ….

Hexacube de Georges Candilis. Photographie Olivier Cavaller.

Avec l’achat des deux refuges de Jean Prouvé au col de la Vanoise et vos recherches autour du mobilier de station de ski, vous passez de la mer à la montagne ?
Mer et montagne. Il y a une logique dans cette catégorie de mobilier. Tout a été imaginé pour répondre aux besoins d’un nouvel ordre social, celui des loisirs. Il s’agit là d’une continuité logique dans nos travaux de recherches sur l’architecture préfabriquée plastique et le design social. C’est également une volonté de mettre en lumière des pièces produites en série, à laquelle une nouvelle génération de collectionneurs s’identifie. Il s’agit du mobilier de nos vacances ! On montre ainsi le fait que les grands designers n’ont pas seulement réalisé des pièces sur mesure issues de commandes spéciales qui les rendent très souvent « élitistes ».

Reportage du magazine Stupéfiant ! 

Justement vous avez participé à revaloriser l’œuvre de Candilis. Votre récent travail autour de Jean-Paul Barray s’inscrit-il dans le même process ?
Il est vrai que nous consacrons énormément de temps à la mise en lumière des travaux de Candilis. C’est un travail permanent et à long terme qui contribue à l’image de son œuvre. Les travaux de Jean-Paul Barray s’inscrivent également dans cette logique. Cet homme est resté dans l’ombre de grands noms (Roger Tallon, Jean Prouvé…) alors qu’il solutionnait beaucoup de problèmes dans la mise en œuvre des produits. Il a apporté beaucoup de solutions pour de grands designers notamment sur les assemblages et toujours dans une logique très réfléchie.   

Est-ce un atout ou une difficulté d’avoir sa galerie loin de Paris où se concentre l’essentiel du marché du design ?
Cela va faire cinq ans que l’on me pose cette question … Il est vrai que l’essentiel du marché se concentre dans les capitales européennes. Mais du moment où vous avez conscience de ce point, il suffit juste d’adapter une stratégie commerciale, de communication, de logistique et de développement  adéquate. Nos clients et nos méthodes de vente diffèrent largement de celles des antiquaires ou brocanteurs qui ont plutôt intérêt à être dans une ville comme Paris dans des lieux réputés comme par exemple les puces de St-Ouen. Cependant cela reste un gage de prestige en terme de notoriété mais à la vue des prix des loyers et des charges, cela se répercute directement  sur le prix de vente des pièces ce qui devient alors un avantage pour nous…

Mobilier et peintures de Jean-Paul Barray. Photographie Olivier Cavaller.

Internet favorise aussi ce redéploiement stratégique ?
Les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui tels que les smartphones, les réseaux sociaux ou les visioconférences jouent un rôle essentiel dans cette stratégie. Nous sommes également dans l’ère des transports. Aujourd’hui pour 100€ vous pouvez facilement et rapidement vous rendre dans de nombreuses capitales ou villes européennes. Commercialement, je ne suis plus convaincu du modèle des galeries parisiennes « Rue de Seine ». Pour moi, ce modèle était bon jusque dans les années 1990, où grâce à la vitrine, les clients affluaient. La vente via internet a changé la donne.

Le nerf de la guerre reste donc le terrain ?
Une chose est sûre, si dans ce métier vous ne bougez pas, vous êtes mort ! Même si les moyens de communication nous aident beaucoup, les rencontres restent essentielles et renforcent les liens. Pour ma part, je me déplace environ une semaine sur deux, soit pour me rendre sur des salons et foires en tant que visiteur,  soit pour aller chercher des pièces ou tout simplement pour effectuer des réunions sur les projets en cours.

Module Hexacube (1972) & chaise dite « pleine » (1969) – Georges Candilis. Table dite « Marcoule » (1953) Jean Prouvé. Maquette sculpture résine Piero Cipolat. Dessin / Fusain Thomas Dussaix (2014)

Justement, quels sont vos projets en cours ?
Nous venons de réaliser une opération sauvetage d’un lot de placards réalisés par Charlotte Perriand en 1952 pour l’immeuble HLM dit « Courboulay » réalisé par l’architecte Jean Le Couteur au Mans. Cet immeuble est en cours de rénovation et les placards  étaient voués à la démolition … L’autre gros chantier pour 2017 est la préparation et mise en oeuvre du démontage des deux refuges réalisés par Jean Prouvé au col de la Vanoise. Il s’agit là d’une opération importante. Les éléments démontés seront héliportés du col à la station pour ensuite être transportés par camions à Perpignan. Cette acquisition nous a obligé à louer un nouvel entrepôt beaucoup plus conséquent en superficie et fonctionnel pour la logistique. Cet espace est déjà en cours d’aménagement afin d’envisager un remontage rapide de l’une de ces structures pour la rentrée, période à laquelle nous avons prévu l’inauguration de celui-ci. Ce nouveau lieu nous permet de réunifier nos divers espaces (atelier, entrepôt, collections, espace galerie et studio photo…).

  • Galerie Clément Cividino Ent. ​ 6 place de la loge 66000 Perpignan / Workshop  » L’extension  » ​ 8 rue Henri Stendhal 66000 Perpignan. Uniquement sur rendez-vous +337 85 53 84 2
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